Iles magiques du Pacifique

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Voici comment, au travers d'un périple sur des Iles majestueuses de l'Océan Pacifique (Ile de Pâques, Marquises, Tahiti, Moorea, Nouvelle-Calédonie...), je me suis rencontré...

Photo de voyage en  Polynésie Française

Voyage "sac à dos" en Polynésie Française de 2 mois (Septembre 2004) raconté par hugues

Arrivée sur l'Ile de Pâques : prélude

"Quelqu'un d'important est décédé hier sur l'Ile de Pâques, l'avion s'est rempli en une journée... Attendez toujours la fin de l'enregistrement, on ne sait jamais. Sinon il y a des places pour un vol dans dix jours."
J'étais au Chili, et je devais choisir entre continuer à l'Ile de Pâques ou rejoindre le Pérou - ce n'est pas parce qu'on est étudiant qu'on peut s'absenter indéfiniment ! Vous devinez donc que j'ai eu in extremis la dernière place improbable, au milieu d'un convoi de passagers funèbres et de jeunes mariés continuant jusqu'à Tahiti.

Quatre heures de vol à relire mes cours de biologie moléculaire et à jouer aux échecs avec mon voisin, jusqu'à ce que le train d'atterrissage s'ouvre. Je suis excité comme du pop corn. Mat.
La piste est anachronique : elle a été aménagée afin de pouvoir accueillir une navette spatiale en perdition. D'habitude je relis mon Lonely Planet tout le long du vol, mais cette fois ce n'est pas la peine : je connais déjà par cœur chaque recoin de l'île chaque astuce. Il fait nuit. Il a plu et ça sent la fleur. Je sors du Boeing qui vient de m'emmener dans l'Au-delà, coupe le cordon...

Fouler le tarmac de Mataveri, c'est un peu renaître, et c'est aussi comme poser le pied sur la Lune. On vient me chercher. Je donne le gros paquet que m'avait confié un mari chilien pour sa femme insulaire. Ouf ce n'était ni armes ni drogues. 10$ la chambre. Les vents du Pacifique pulsent sur Rapa Nui, le "Nombril du Monde". Tout comme prévu.


Pourquoi l'Ile de Pâques...

C'est déroutant de commencer un carnet de voyage après deux semaines passées au Chili, 2500 km parcourus sur place, tout en étant déjà à 24H d'avion et 2 escales de Paris, sur l'endroit le plus isolé de la planète. Mais lorsque l'on arrive dans ce lieu mythique et intemporel, plus rien n'a vraiment existé. Venir ici c'est voyager dans le temps et dans l'histoire... On entend la respiration du Pu A Katiki, le grondement du Terevaka, l'éruption du Rano Kao, et de ces trois volcans on voit jaillir l'île triangulaire. Quelques pollens portés par les vents arrivent timidement d'on ne sait trop d'où. Puis des polynésiens font ce voyage insensé vers l'île mystérieuse. Provenant des Iles Marquises peut-être. On est en l'an 800 : Rome a déjà 1600 ans, Charlemagne est couronné Empereur, et un radeau essoufflé de 5000 km de traversée a franchi le méridien qui sépare une journée de l'autre, a longé le tropique du Capricorne comme une ligne de vie, et a versé les navigateurs tenaces sur la plage d'Anakena. Seule plage de l'île, la poudre de corail et le sable blanc la rendent rose.

Et voilà l'île du bout du monde colonisée comme par des bactéries ; à son apogée près de 20 000 âmes la partagent. Puis un millier d'érections de Moaïs en tuf volcanique témoignent de la fertilité et de la folie humaines. Cook et La Pérouse mouillent dans les baies. Si les guerres fratricides et le cannibalisme sont dus à la surpopulation et essentiellement à une mauvaise gestion de l'environnement, les contacts avec le reste du monde est fatal : peste, choléra, évangélisation, rafles d'un baleinier russe et d'un chasseur d'esclaves péruvien.

Quand on arrive, voici donc le monstre de fascination qui nous envahit telle une malédiction fanée. Nous ressentons bien que c'est un des extrêmement rares endroits au monde où une écriture a été inventée, mais il faut accepter avec amertume que les hiéroglyphes ondulés de ce Rongo Rongo ne seront jamais élucidés.


Première journée

Lever tôt. La maîtresse de maison tend la main vers le ciel en me voyant arriver. Elle y décroche deux papayes mûres pour mon petit-déjeuner. Balade dans l’unique localité de l'île, Hanga Roa, pour imprimer en moi son atmosphère. Repérages.

J'avais vu mon premier Moaï pendant la nuit. C'était plus fort que moi : comme d'aller vérifier que les cadeaux étaient bien au pied du sapin. Ce matin il était toujours là, gardien du petit port de pêche. Le village est vraiment verdoyant, les rues sont des chemins de terre, les maisons sont légères, les immeubles sont restés à Santiago.

J'achète de quoi faire un pic-nic dans une épicerie. Un employé est émerveillé du fait que je vienne de Paris. Nous sommes ainsi chacun émerveillés par l'autre...
Le musée est excellent pour nous aider à comprendre certaines choses et nous donner envie de parcourir l'île jusque dans ses moindres retranchements. En fait il nous met dans un état d'esprit d'explorateur artiste scientifique.

Je commence une petite randonnée dans le sud-ouest de Hanga Roa. 6H de marche. La côte volcanique est merveilleuse, cisaillée, acérée, violente même. Ce sont des vagues de lave figées qui déferlent sur la plage de la mer, et c'est la guerre déclarée à l'Océan Pacifique.


Première journée, suite...

Dans le cratère du volcan, le Rano Kao, il y a de l'eau : un disque parfait comme la pleine lune, qui approvisionnait les anciens et où flotte la même totora que sur le Lac Titicaca.
Un peu plus haut, à travers des nappes de brume on entre dans l'ancien village d'Orongo comme si c'était le Royaume des Morts. Il n'y a aucun son. Les pas sont humides le vent est sourd : on est dans un nuage. On aperçoit au loin les petits îlots -satellites de la planète Rapa Nui- étapes essentielles du Culte de l'Homme-Oiseau. Chaque année, les clans de l'île s'affrontaient pour désigner celui qui gouvernerait l'île. Lors de ces élections tribales un champion était désigné pour rapporter un œuf provenant d'un de ces motu. Il s'agissait de partir d'Orongo, de dévaler la falaise, de prêter sa vie à l'Océan, de cueillir un œuf sur un de ces îlots, de revenir discrètement entre les requins avec l'œuf protégé dans un bandeau spécial, de reprendre sa vie, de remonter la falaise et de revenir à la case départ sans omelette.

La nuit et moi rejoignons doucement Hanga Roa par un autre chemin. De l'autre côté du volcan, dans une petite crique, se trouve un ouvrage qui transforme l'énergie des vagues en électricité. De retour au village je négocie un quad pour 24H, vais faire le plein, trouve une carte approximative, puis vais manger une assiette de thon cru. Tiens, des touristes. Je m'évade sous la nuit et dans la pluie tenir compagnie à quelques moaïs. Enfin le quad se gare devant ma chambre, une douche m'accueille mais cette fois avec du savon, et mon corps se glisse dans le lit comme un marque-page sous la couverture d'un gros livre.


Seconde journée

Grasse matinée exceptionnelle jusqu'à 8H : car il a plu bruyamment toute la nuit. Jusque dans ma chambre d'ailleurs, et le flash de mon reflex a explosé.
J'ai fait des rêves merveilleux cette nuit : j'étais sur l'Ile de Pâques, et j'allais prendre mon petit déjeuner. Mes enzymes à papaye sont en rang. Mon poignet et mes chevilles s'échauffent en même temps que le quad. Mes vêtements secs profitent de l'être. Eh oui il est humide le grain de beauté d'un océan. Vroum, flack et splotch.

Aujourd'hui quatre étapes mystiques :
- le volcan qui servait de carrière pour fabriquer les chapeaux en tuf rouge des moaïs,
- les siete moais, les seuls tournés vers la mer,
- la plage d'Anakena, tout au nord de l'île,
- le volcan Rano Raraku, carrière des moaïs, rencontre ultime avec l'origine du Monde.

Cette fois, c'est indescriptible. Ce n'est rien d'autre qu'un darshan. A partir de la découverte du Rano Raraku, mes jours sur l'île seront passés dans un genre de lévitation.
Le volcan est un immense mamelon régnant sur la plaine dévastée par les pascuans. Les arbres ont été remplacés par des statues de pierre venues de nulle part. Un petit lac remplit le cratère : les quatre éléments sont là.

Parcourir l'Ile de Pâques, c'est se déplacer dans un tableau de Dali en écoutant du Bach.


Jours suivants

Ce matin, je me goinfre. La maîtresse de maison me prête une boussole, et je m'en vais faire mon paquetage avec l'essentiel, dans l'ordre : eau (10L), nourriture (pas de soufflés aux fromage), appareil photo, poncho (ses restes, car il a fait le GR20 pendant la tempête), carte, lunettes, passeport, vêtements de rechange, sac à viande et couverture. La météo est bonne, et je pars donc pour 3 jours de randonnée à pied. 50 km à parcourir, soit 60 km en comptant les raccourcis.

Le premier jour je longe la côte et traverse quelques volcans, rencontre quelques moaïs et ahus, puis finis ma course sur le Terevaka. Je décide de dormir sous les seuls vrais arbres de l'Ile que j'ai vu : un petit bois d'eucalyptus. C'est à l'abri du vent, le sol est sec, et surtout, surtout, je n'ai pas le choix.

Le deuxième jour je me perds dans ces petits volcans qui sont tous les mêmes et dans la brume presque palpable qui les couvre sans cesse. J'ai quitté le chemin depuis longtemps et décide de faire un azimut vers la plage d'Anakena. J'ai bien mérité une baignade tout nu! Voilà pourquoi les statues tournent le dos...

Ce mystère résolu, je repars vers une ascension du Rano Raraku comme si je rentrais à la maison. Je laisse seul le Poïke dans son nuage, ce sera pour la prochaine fois. Rano Raraku donc. Je remonte, je découvre certains détails qui m'avaient échappés, et m'aventure tout en haut, m'engouffre dans une faille qui s'ouvre sur le vide en offrant une vue imprenable sur Tongariki. Je respire profondément, intègre en moi des molécules qui sont nées ici, et redescends parce que ça caille. Dormir dans la matrice ne m'enchante pas plus que ça : j'ai choisi de bivouaquer plus bas et plus à l'abri, à Maunga Toa Toa, au pied d'une immense statue.

Ce qui ne m'empêchera pas de retourner dans ce lieu grandiose au petit matin.
Pendant toute la journée je marche tranquillement en longeant la côte est, en épluchant chaque site rencontré. Si bien que je rentre tard, et la nuit me recouvre quand je mange une empeñada face à l'océan. Quelle balade au bout de soi-même...

Mon sac est scellé, le passeport et le billet d'avion palpitent, c'est déjà ma dernière nuit.
J'ai bien dû verser une larme en montant dans l'avion. Mais je sais que je reviendrais.


Petit tour en Polynésie Française

J'ai lu mon Lonely tout le long du vol jusqu'à Tahiti. L'arrivée matinale à Faa'a, l'aéroport de Papeete, laisse présager qu'on va passer une bonne journée. Les gros 4x4 des tahitiens sont déjà pris dans les embouteillages sur la seule route qui fait le tour de l'île. La visibilité est excellente, je suis pressé de la comparer à celle de l'eau! Atterrissage, repérages, bagages. Cession bureau de change. Mais c'est loin d'être fini : je trouve un vol pour Raïatea.

Je voyage toujours en basse saison, ce qui me permet d'avoir des places partout quand je veux, moins chères, et de n'affronter ni grèves ni troupeaux de touristes.


Raïatea

Atterrissage, repérages, bagages. La piste minuscule est au bord de l'eau turquoise, au nord de Raïatea, et l'on peut voir l'île Tahaa qui partage le même lagon à quelques encablures.
L'air est déjà bien tiède, et comme c'est trop cher de rejoindre le centre-ville j'y vais à pied. Puis j'en ai assez de me dégourdir les jambes, et fais du stop. Un pick-up très sympa me dépose à l'hôtel.

Je suis en réalité dans un dortoir de 12 places, mais complètement seul. Piscine, petit ponton aménagé sur le lagon, cuisine sans cafards. J'offre une bière locale (Hinano) sur la belle marina à mon bienfaiteur preneur d'autostoppeur, et le reste de la journée me permet de m'imprégner de l'ambiance polynésienne : tour au marché, visite du supermarché local qui pour moi est systématique car c'est un véritable musée vivant, réservation de plongée pour le lendemain, et bien sûr : ascension du Mont Topihoi qui domine la ville Uturoa et offre une vue magnifique sur le lagon, Tahaa, Huahine, et même Bora-Bora.

Je termine la soirée dans un hôtel à voir un spectacle de danse traditionnelle : touristique mais intéressant. Cet art fut interdit un demi-siècle durant car désigné comme honteux et dépravé, donc je me contente de cette prestation. Le lien entre la danse et la sexualité est évident, et personnellement je trouve que cette danse sensuelle aurait du être obligatoire!

Le deuxième jour je fais une randonnée de 5H jusqu'aux Trois Cascades : absolument génial. Les sons de la forêt étant inhabituels, je ressens presque un malaise en la traversant. Elle est dense et touffue, les araignées sont énormes, mais l'avantage de se lever à 5H est que l'on voit leurs toiles grâce aux gouttelettes de rosée.

La progression est parfois délicate, je perds souvent le chemin, et il arrive qu'il faille s'aider d'une corde pour franchir des rochers glissants. Je rencontre de tout : fougères, ylang-ylang, goyaviers, bambous géants, gingembre... En revenant je suis un tas de boue heureux.

Après-midi : plongée. Beaucoup de requins Pointe Noire, et j'ai eu un aperçu lointain de raies Manta, juste de quoi me frustrer quelques jours! Il n'existe rien d'aussi gracieux qu'une raie Manta qui vole dans l'eau, et lorsque l'on nage à côté on a l'impression que c'est notre âme qui nous échappe.


Raïatea, suite...

Troisième jour déjà! J'ai loué une voiture pour faire le tour de l'île, et passer la nuit dedans pour amortir ce frais. Elle me permet d'abord d'atteindre une ferme perlière : un étroit et long ponton nous y emmène, et l'on y découvre un véritable trésor. Des perles des meilleures catégories et des plus belles couleurs sont exposées dans cette petite cabane sur pilotis où l'on apprend comment se "cultive" une perle. Elles sont selon moi les plus beaux bijoux que nous offre la nature, avec les amollîtes, car elles dérivent d'organismes vivants. Tout en en négociant deux de catégorie A, mes yeux roulent sur l'épiderme paisible du lagon.

Une autre étape que j'attendais depuis longtemps : Taputapuatea, le marae le plus grand de Polynésie. Ce site était voué au dieu de la Guerre, Ora, et fut en fait construit pour remplacer celui consacré au dieu de la Création. Triste changement...
Après avoir rencontré l'Ile de Pâques, je n'ai pu trouver ce site grandiose immédiatement mais sa compréhension en inspire le respect. De ce marae s'échappe une impression de puissance, et en marchant dessus c'est pourtant lui qui laisse une empreinte en nous.

Quelques kilomètres davantage dans les terres se cache la plus grande vanilleraie de Polynésie et peut-être même la meilleure vanille du monde... Et je continue à faire mon tour de l'île comme les aiguilles d'une montre, roulant aussi bien sur de la soupe de corail que dans des chemins forestiers.

Le soir je me gare à la marina Apooiti, car il y a des douches. Je nage jusqu'à ce que ma peau soit molle et froissée. Demain je ferai un saut de puce jusqu'à l'île d'en face : Huahine, et mon ami du pick-up m'offrira un collier de coquillages en signe d'adieu pour se plier à la tradition.


Huahine

Le programme est le même : parcours en accéléré, peu de sommeil pour faire le maximum, snorkeling, plongée, visite d'une autre ferme perlière, découverte de plats locaux au restaurant ou au camion...

Mais le but essentiel est toujours et d'abord de capter l'âme de l'endroit, une île étant avant tout un être vivant qui a son passé propre, son développement particulier, et son génotype résultant d'un brassage perpétuel de gènes à travers l'Histoire. Comme un monstre sortit du fond des mers et que l'on chevauche le temps d'un rodéo avant qu'il ne replonge. Huahine offre une ambiance douce et paisible, enchanteresse. Les courbes sont fluides, le vent est une caresse chaleureuse, l'atmosphère est sucrée, presque énigmatique ; Huahine est féminine.

J'achète une machette dans une boutique de Fitii et me familiarise avec son maniement grâce à un pêcheur ceinture noire en découpe de noix de coco. C'est ce qu'il y a de moins cher en Polynésie... Après la visite du marae Maeva et des parcs à poissons je me recueille dans l'enceinte du grand Sofitel Heiva, entre ses bungalows posés face au magnifique lagon. Comme il est fermé pour rénovation, on a l'impression d'être dans une carte postale figée, ou plutôt dans un hôtel fantôme, le temps semblant s'être arrêté. Cela ne m'empêche pas de palmer pendant 1H dans ce qui m'a attiré ici avec ses pinacles coralliens : le fabuleux "Jardin de corail".

Ma machette nous cuisine encore une autre ha'ari -noix de coco- en suivant la subtile recette suivante : "couper, puis manger".

Je passe la nuit dans la Twingo, me réveille sous un arc-en-ciel, me baigne en mâchant un reste de ha'ari, et vais chercher un jeune couple de mariés pour les conduire à l'aéroport comme je leur avais proposé la veille. Nous avons le même vol pour Moorea.


Moorea

On comprend bien pourquoi cette île est en forme de cœur : c'est tout simplement palpitant de longer les baies magnifiques de Cook et d'Opunohu. Un immense bateau de croisière américain mouille dans la baie d'Opunohu, mais ses passagers ne se risquent pas à descendre se mêler à la population primitive et tribale, leurs langoustes suffisant apparemment.

Je prends le bus et traverse ce coeur comme un globule jusqu'au camping Nelson, face à deux superbes motus à portée de brasse, pour 1300 francs pacifiques la nuit, soit 11 euros. Je me retrouve dans un fare à deux lits, à 100m de la plage. Louise, une anglaise, est en plein tour du monde, et cela suffit pour que l'on sympathise rapidement! Je lui troque donc quelques morceaux de ha'ari contre des tuyaux sur l'Indochine, puis finis par m'évader au coeur du coeur.

Il m'a fallu 6H de marche pour atteindre le col des Trois Cocotiers. Je n'ai pu attaquer le Mont Rotui à cause du mauvais temps, mais ici déjà la vue est royale, la forêt de bambous magique, et le chemin très glissant. Personne ne m'a pris en stop cette fois -les polynésiens se méfient- sauf vers la fin. Louise est là et me propose de nager jusqu'au motu Tiahura où des raies pastenagues nous attendent.

C'est vrai que le mahi-mahi est délicieux (il s'agit en fait de daurade coryphène). J'en digère en regardant la voûte étoilée dans une nuit enfin claire. Les étoiles sont inversées, c'est déroutant.

Lever tôt pour rejoindre le club de plongée. Je passe une heure sous l'eau : la visibilité est assez bonne, et un magnifique requin citron me tourne autour. J'utilise le début d'après-midi à visiter galeries d'artistes et boutiques de perles tout aussi magnifiques (les prix semblent plus intéressants directement dans une ferme), et fais un peu de snorkeling à jouer à cache-cache avec deux belles raies.


Moorea, suite...

Le lendemain me revoilà à plonger, cette fois notamment avec une murène énorme. Juste après, Louise et moi louons une moto pour faire le tour de cette île merveilleuse. Elle est contente d'avoir quelqu'un qui sait conduire à droite, et moi d'avoir un scanner à plages paradisiaques. La balade est superbe, nous avons même le temps de nous aventurer 1H30 jusqu'à l'agréable cascade de La Putoa, puis de visiter l'usine de jus de fruits de laquelle se dégage une puissante odeur d'ananas.

Cette nuit je ne dors qu'une heure, un peu triste de quitter Moorea demain, et profite de ces derniers instants pour parcourir la plage dans le noir. Tout est calme, et l'on ne sent pas la fatigue dans un lieu pareil. J'ai scellé mon balluchon, je suis prêt à m'envoler pour les Marquises : direction Hiva Oa via Tahiti.


Hiva Oa

L'arrivée sur Hiva Oa est vraiment magique. Les Marquises sont des iles volcaniques comme toutes celles de Polynésie, mais étant plus récentes elles ne possèdent pas de barrière de corail donc pas de lagon. Ce sont des montagnes verdoyantes qui se jettent dans la mer, comme le mont Temetiu qui culmine à 1276m.

A peine arrivé un jeune me prête son vélo, ce qui me permet de rejoindre le vilage de Taaoa et son site archéologique, à 7km de piste tape-cul de Atuona.

Il plane ici un air de début du monde : dans l'herbe a poussé une petite église où dieu se cache sûrement, une plus bas se dessine une crique violentée par les vagues, et tous les habitants sont rassemblés dans ce morceau d'eden insouciant. Les femmes sont entre elles, et les hommes jouent à la pétanque...

Le site archéologique 1500m plus haut est surprenant et nécessite un sacré coup de pédale. Il s'agit de pae-pae, se mélangeant à la végétation luxuriante (banians, cocotiers, purao...). Au centre règne un tiki, genre de petit moaï en basalte, servant probablement d'interface entre les dieux et les hommes.

Au retour un ouvrier m'invite à boire une Hinano sur la route surplombant Atuona. Il travaille sur la gigantesque antenne satellite qui relie l'île au monde extérieur et qui ajoute encore un aspect surnaturel au paysage.

Le soir j'ai la chance d'assister à une répétition de musique et de danse effectuée par les jeunes du village ; la grâce, le sens du rythme et le respect des racines sont au rendez-vous, et pour moi la répétition est un vrai spectacle.


Hiva Oa, suite...

Le lendemain je me perds en randonnée, et passe la journée sous un déluge à tenter de contourner des cours d'eau débordant de tous côtés. Je reviens complètement lessivé, et m'aperçois que la douche n'offre rien d'autre qu'une eau jaunâtre et froide avec des bouts de bois.

Elle a ce goût délicieux du voyage.

Il fait nuit, il pleut, je n'ai plus d'eau, je suis sale, les moustiques se sont réfugiés avec moi, j'ai faim, et s'il y a une boutique elle n'est pas ouverte. Par miracle le camion à pizza local propose du punu pua toro, c'est à dire un genre de corned-beef en sauce avec du pain, et une bouteille de liquide orange fluo certifié potable par le conducteur-cuisinier.

Le troisième jour est le dernier. Je crapahute jusqu'au cimetière du Calvaire déposer une fleur de tiaré sur les tombes de Jacques Brel et de Paul Gauguin. Ils ont une sacrée belle vue d'ici.

Je fais un peu marcher le commerce d'artisanat local (le bois, la pierre volcanique et même l'os sont superbement travaillés, et avec une identité puissante) avant de me rendre à l'aéroport. Le vol est retardé de quelques heures, la brume empêchant le petit ATR-42 de se poser. Quoiqu'il en soit la stèle de Brel nous rappelle : "Veux-tu que je te dise, gémir n'est pas de mise... aux Marquises". J'en profite alors pour sympathiser avec un français de France. Il a quitté 7 années de travail dans la finance et est devenu journaliste pour des magazines de plongée, trimbalant ainsi matériel photo (caisson compris bien sûr) et matériel de plongée aux quatre coins de la planète.


Nuku Hiva

Encore un atterrissage splendide, justifiant à lui seul le trajet jusqu'ici! Quelques chevaux sauvages paissent tranquillement sur cette montagne jaillie de la mer. Mais c'est habité ici?!

Fraîchement décollé du hublot je me retrouve donc sur le côté nord de l'île, seul endroit à pouvoir accueillir la piste. Ainsi il s'agit de l'aéroport le plus éloigné au monde de sa ville: 4H de 4x4 pour atteindre la belle Taiohae dans sa baie! Il n'y a que quelques kilomètres de route asphaltée, grandissant un peu plus avant chaque élection (l'art de la politique est universel...).
Cependant le parcours est fabuleux, les paysages morcelés sont grandioses, et il ne faut pas avoir le vertige... Pour le double du prix seulement et 20min de vol je prendrais l'hélicoptère à mon retour.

Les quelques jours ici sont inoubliables et denses. Magnifiques randonnées sur le Mont Muake à 864m d'altitude et vers l'impressionante cascade Vaipo (l'une des plus hautes au monde : 350m!), location d'un 4x4 pour rejoindre Aakapa, découverte du village du bout du monde qui séduisit Stevenson, Hatiheu, et surtout deux plongées mémorables...
Une durant laquelle j'ai vu plusieurs requins-marteaux à festons, puis une balade avec une espèce endémique à l'île : les dauphins Electre. Deux sorties à la fois angoissantes et surnaturelles... Le journaliste était avec moi et s'est régalé, cela m'a d'ailleurs donné envie de faire son boulot...

Lorsque l'on découvre ces lieux sublimes où la Nature règne dans toute sa splendeur, il n'y a que la photographie pour témoigner de sa beauté.

J'ai suivi 5 années d'études en génomique? Qu'à cela ne tienne, je serais photographe.


Nouvelle-Calédonie

C'est donc avec l'âme d'un photographe-reporter que j'atterris encore sur une île perdue dans le Pacifique. La Nouvelle-Calédonie est si paradisiaque, que pour la première fois de ma vie j'ai failli ne pas repartir. Que demander de plus que le plus grand lagon du monde?

Allez, je me lance : premier reportage sur le dernier bac qui traverse la Ouaième. Ensuite, reportage sur l'aérodrome-du-bout-du-monde, où Arthus-Bertrand a déniché l'image emblématique de son livre. Puis je fais un travail sur les pirogues traditionnelles kanak, de la fabrication à leur utilisation. Dans la foulée, je vends une série de reportages sur les pompiers de Nouméa. Ce qui ne m'empêche pas de faire quelques clichés pour la plaquette d'un hôtel à l'Ile des Pins. Enfin, les publications locales me commandent deux reportages : Un artiste kanak, dont une de ses peintures grandit avec l'arbre du voyageur sur lequel elle est peinte. Une réunion avec les coutumiers sur l'île de Lifou ;

Lors du retour vers Paris : petite escale à Tokyo, me permettant d'aller faire un tour rapide en ville. Voilà ce que je cherche dans le Voyage. Me perdre.

Mes repères sont éventrés : langue, écriture, nourriture, sons, odeurs, paysages, lumières, rythme de vie, et même l’heure et la façon de penser des gens sont différentes qu’à mon habitude. Ma démarche également sort de l’ordinaire, puisque dans mon pays où je suis intégré je cherche, en tant qu’artiste, à être un « intrus » ; tandis que là où je vais je suis un intrus qui cherche à s’intégrer.

En conséquence, l’ultime point de repère que j’ai, partout où je vais, c’est moi. Un Moi profond, primordial. Et plus je me perds, plus je me retrouve.

C’est ainsi que le Voyage est un retour vers l’essentiel.



J'ai donc suivi la dernière étape de mon voyage : je suis devenu Photographe-Reporter. Je suis maintenant spécialisé dans la Sécurité Civile, et bien sûr dans le voyage. Ainsi j'ai parcouru pour l'instant le Chili, le Canada, la Guyane, les USA, le Brésil, l'Australie, l'Argentine, l'Uruguay, la Chine, la Thaïlande, le Cambodge, le Vietnam, l'Indonésie, les Seychelles, l'Ile Maurice, les Antilles, le Liban, le Japon, et l'Europe...
http://hugues.photo.neuf.fr

Voyage raconté par hugues

Photos Carnet de voyage en Polynésie Française


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Recommandations pour ce voyage

Les plus...

  • Suivre son instinct
  • Rencontrer les locaux
  • Attendre que la lumière soit au bon endroit pour prendre une photo
  • Revenir dans les lieux qui le demandent

Les moins...

  • Dormir
  • Aller sur internet
  • Parler à des touristes purs
  • Prendre des photos moches de beaux sites

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